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¬ VIGNETTES PAR MOTS-CLÉS #

N.B : droits de reproduction ♥ je ne travaille ni avec dossiers de presse ni en collaborations pour publications d'articles... merci ♥
2039 Propositions - Certaines photographies ne sont pas récentes. Il est possible qu'elles ne soient pas à jour, mal datées, déplacées ou supprimées

Rencontrez-vous des difficultés pour déposer un commentaire ?
Merci de me le signaler : un p'tit clic tout en haut de la page sur "contact" permet de m'écrire.

  RALENTISSEMENT des publications et des visites.... la canicule m'éloigne de l'ordinateur 


La Rose Blanche - Liloo

©SuzanneArtNum|ROSE_BLANCHE

 
La Rose Blanche

Coglierò per te
l'ultima rosa del giardino,
la rosa bianca che fiorisce
nelle prime nebbie.
Attilio Bertolucci
 
Je cueillerai pour toi
la dernière rose du jardin,
la rose blanche qui fleurit
dans les premières brumes.

 

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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Samedi 18/02/2012 • 1 commentaire  • Lu 17920 fois

Petit Papa Noël - Joséphine

©SuzanneArtNum|PERE_NOEL_3

Depuis Noël dernier, tu t'agrippes au toit de la maison qui se trouve juste en face de l'école et je ne sais plus que répondre à mes jeunes élèves.

Quand la neige du précédent hiver t'a recouvert, ils ont craint que tu ne prennes froid et se demandaient pourquoi, tu ne rentrais pas chez toi.

Je n'ai pas su quoi leur dire quand au printemps, les pigeons t'ont couvert de leurs fientes et qu'ils croyaient qu'un reste de neige avait refusé de fondre.

Je suis restée muette quand ils se sont inquiétés cet été, alors que tu suais dans ton épais costume rouge tandis que nous étions vêtus léger et que, sur les routes, le goudron fondait.

Mais quand, cet automne, une méchante rafale de vent a emporté ton chapeau, des averses répétées ont déchiqueté ton manteau, le réduisant en lambeaux, il a bien fallu reconnaître que tu ne ressemblais plus du tout au Père Noël de leurs rêves.

Alors, s'il te plaît, petit papa Noël, remonte vite au ciel et reviens-nous, frais et pimpant, pour ce grand jour de fête où tous les enfants pourront enfin te reconnaître.


Petit Papa Noël / Les cahiers de Joséphineext

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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Dimanche 19/12/2010 • 2 commentaires  • Lu 1990 fois

La plume

©SuzanneArtNum|PLUME_9117

J'ai ramassé une plume
Aux abords d'un chemin
Perdue par l'oiseau de lune
Aux aurores d'un matin

J'ai ramassé une plume
Sortie de son écrin
Sous un rayon de lune
Elle devint écrivain


quatrains du poème "la plume" du 3éme recueil de le baladinext

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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Mercredi 11/11/2009 • 1 commentaire  • Lu 4270 fois

Le Temps est une illusion - Pierrot

©SuzanneArtNum|

Il coure, il coure.
Le temps est une illusion,
Telle une ligne d'horizon,
Te révélant un beau matin
Qu'il ne t'offre que le mot fin.

Le temps est un TGV qui file en silence
et si vous dormez pendant le trajet,
Vous arriverez en gare sans même avoir vu le paysage!

Au fil du temps les petits ennuis sont
plus gros que les petits plaisirs.
Question d'optique?


dParolesext - décembre 2007 / Pierrot

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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Mardi 08/01/2008 • 1 commentaire  • Lu 3152 fois

Le Père Noël se fait vieux - hollynx

©SuzanneArtNum|PERE_NOEL_DEC_07

Le Père Noël se regarda dans le miroir. Décidément, pensa-t-il, je commence à me faire vieux. Ma barbe blanche jaunit, mon costume est élimé, ma hotte est plus lourde chaque année et ma vue baisse de mois en mois. Il serait temps que je pense à ma succession.
Mais voilà, le Père Noël n’avait pas d’enfant. A qui, dès lors, confier cette lourde tâche de satisfaire tous les enfants sages, les parents attentifs, les amis fidèles, tous les hommes en général, la veille de Noël.
Le Père Noël convoqua son conseil et lui exposa le problème.
Vous n’y pensez pas, s’exclama un renne de son convoi, qui pourrait mieux que vous distribuer les cadeaux le 24 décembre ?
C’est vrai, ajouta un lutin au bonnet trop large, qui pourrait reprendre votre tournée sans oublier ça et là, l’un ou l’autre petiot ?

Le Père Noël caressa doucement le dos de ses mains rongées par l’arthrite, puis il sourit. Il prit une inspiration inquiétante et se prépara à parler à l’assemblée qui le scrutait, bouche bée. J’avais pensé que… mais il ne put ajouter un mot, car soudain la porte s’ouvrit violemment et deux nains au regard perçant pénétrèrent dans la pièce, sans y avoir été invités. Ils jetèrent aux pieds du Père Noël un énorme sac rempli de lettres et de dessins d’enfants du monde entier.
Le vieillard se baissa pour en ramasser une poignée, qu’il découvrit sans tarder. Il regarda ceux qui lui faisaient face et déclara d’une voix forte : En route, nous commençons notre distribution de cadeaux dès ce soir !


Le Père Noël se fait vieux / hollynxext

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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Mercredi 19/12/2007 • 2 commentaires  • Lu 4132 fois

Le shampoing ou le shampooing miracle! - suzanne


Le shampoing, quel casse-tête !

Déjà pour écrire ce mot correctement, il y a de quoi se faire des cheveux gris !
Il paraît, d'après les shampions champions en orthographe, que l'on peut écrire schampoing champoing shampoing ou shampooing.
Ça vous en bouche un coin, hein !

Déjà pour trouver le rayon shampoings dans les magasins, faut être malin !
Autant chercher une aiguille dans une  botte de foin !
Ils sont souvent cachés dans un coin !

Une fois le coin shampoings atteint, arrive la question cruciale: est-on un homme ou une femme ?
Ensuite il ne reste plus qu'à se gratter la tête pour faire le bon choix [ non mais ... de shampoing, bien sûr ] !

Première étape
: savoir si l'on en veut un ou deux en un !
Ça fait toujours un, mais pas le même un, hein ?

Le deux en un n'étant plus à la mode - oui, il y a une mode dans les shampooings [ je sais : plus haut, j'ai écrit shampoings, mais dans un texte, il faut éviter les répétitions ] -, disons donc que je vais commencer par en choisir un, et pour la suite, on verra plus tard !
C'est déjà assez compliqué comme ça, alors deux en un , ce serait deux fois plus difficile !

Deuxième étape: la plus instructive et constructive !
Vous désirez un cheveu sain et brillant ? C'est par ici !
Vous désirez un cheveu docile ? C'est par là !
Vous désirez du volume ? C'est devant vous !
Pour un cheveu soyeux, regardez plus bas !
Pour un shampooing énergisant, aux vitamines et minéraux bien sûr, c'est plus haut !
Pour un usage fréquent, c'est plus loin !

Cheveux normaux, gras ou secs ? Pas de problème; la solution est là : verte, bleue ou rouge !
Cheveux ternes dévitalisés ? Flacon multicolore !

Cheveux colorés ?
Attention! Quelle couleur ?
Blonde ou brune, ne confondez pas !
Rousse ? Désolée, vous êtes oubliée !

Et le fin du fin : le must: le shampooing h y d r a t a n t !

Ne coupons pas les cheveux en quatre, mais quand même, comment faire pour avoir un cheveu non gras, sain, docile, brillant et soyeux, tout en ayant du volume ?

Je n'entre pas dans une catégorie ?
Est-ce vraiment important ?
Après tout, j'achète du rêve, et, je ne vais pas me faire des cheveux blancs pour un petit flacon de mousse colorée !
Et si le résultat n'est pas à la hauteur de mon rêve, il suffira de retourner au magasin !
Les produits proposés auront quand même re-changé ... de présentation et de place !


Le shampoing ou le shampooing miracle! / suzanne / PuzzlaVieP


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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Mardi 18/12/2007 • 0 commentaires  • Lu 3384 fois

Je suis le banc - laura

©SuzanneArtNum|BANC_MART

Je suis le banc et vous parais solitaire
Mais prenez donc un peu de temps,
Asseyez- vous un seul instant
Et que vous soyez seul ou à deux

J'écouterai vos plaintes si vous êtes malheureux
Partagerai vos joies, si d'aventure vous êtes heureux
Que vous soyez amis, amants, jeunes ou vieux
J'ai partagé votre vie, vos larmes et vos jeux

J'ai gardé vos secrets sans jamais les dévoiler
Mais que de choses je dirais, si je pouvais parler

lauraext


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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Mercredi 25/01/2006 • 0 commentaires  • Lu 4026 fois

Pauvres Hommes - lechantdupain

©SuzanneArtNum|COUPLE_CANARDS

Un couple de canards s'est installé au bord de l'eau.
Assis, sagement, ils admirent le spectacle, se réchauffent au soleil et profitent du temps qui passe avant de regagner leur nid.

- Ils ne savent pas voler autrement qu'enfermés dans des coques en acier, nagent avec difficulté, doivent s'adapter en permanence au monde qui les entoure, se chauffer, se loger, se déplacer dans des engins spécialisés, travailler tous le temps.

- Oui chéri. Quand ils viennent s'asseoir au bord de l'eau pour nous regarder, ils s'ennuient très vite, certains pensent même à nous chasser.
Ils sont solitaires.
Hommes et femmes sont chacun de leur côté, et vivent leurs amours comme des brèves rencontres.


Pauvres hommes pensent-ils.

Ainsi devisaient gravement deux canards amoureux en me regardant les photographier.
Je ne sais pourquoi mais je me suis senti devenir bête....


lechantdupainext

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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Dimanche 12/06/2005 • 3 commentaires  • Lu 4205 fois

Le Ciel est triste et beau - cristina

©SuzanneArtNum|CIEL_1_AVRIL_05

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
 
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Charles Baudelaire






états d'âmeext

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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Mardi 05/04/2005 • 3 commentaires  • Lu 4993 fois

Marcher sur le temps - jujuly

©SuzanneArtNum|ECHAF4

Non loin de chez moi, un homme marchait sur le toit d’une maison.
Je ne voyais pas son visage.

Ça pourrait paraître anodin.
Quelqu’un qui répare ses tuiles.
Bon.
Après tout, les tuiles, ça s’abîme, on peut bien les réparer, non ?
Et puis il n’est pas non plus obligé de regarder bien en face de lui pour qu’on voie son visage,tout de même.
Parce que c’est nettement moins pratique, quand on veut inspecter une toiture.
D'ailleurs de quoi je me mêle?

SAUF QUE…
ce monsieur était en pardessus noir et coiffé d’un chapeau de feutre.
OR…
d’une façon générale, les messieurs en pardessus et chapeau ne courent pas les rues de notre village de 4 000 habitants.
Les messieurs en pardessus et chapeau marchant sur le toit des maisons, les courent encore moins.
(les rues)
(les messieurs)
(Les messieurs marchant sur les toits courent encore moins les rues).
(C’était ça, la tournure à comprendre)
(Normal, s’ils marchent, ils ne courent pas)

(Rhaa, cette manie de m’emberlificoter...)

Donc…
Subitement, flash.
Je suis transportée pas mal d’années en arrière.
(en vrai : vingt)
(mais "transportée 20 ans en arrière", arrghh!)
Bref.
À la fin de mes études, six mois à Madrid.
L’exposition Arroyo.
Ses hommes en pardessus et chapeau noir.
Sans visage.
Ou, plus exactement, soit de dos, soit de trois-quarts et le visage sans traits, ou bien le visage composé de petites touches multicolores.


C’est curieux, je me souviens avoir adoré ce peintre, à l’époque. J’avais même acheté (et gardé) le catalogue de l’expo. Et pourtant, là, en le feuilletant (puisque gardé ET retrouvé), je ne suis pas vraiment touchée par ces personnages.
Peut-être que le papier ne peut pas restituer la magie.
Ou bien...

On change.
C’est comme ça.
Il y a des choses qu’on aimait et qu’on aime toujours.
D’autres qu’on a aimées et qu’on aime moins.
Et puis d’autres qu’on aimait et qu’on aime avoir aimé parce que c’étaient des passerelles.

En tout cas, ça m’a plu, quand même, d’être un instant
comme dans un tableau d’Eduardo Arroyo.

 

Marcher sur le temps / jujulyext

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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Mercredi 23/03/2005 • 1 commentaire  • Lu 3537 fois

Souvenir de voyage (mai 2004) - lacigale

©SuzanneArtNum|REV_VAC

On m'avait parlé d'un pays que je ne connaissais pas... curieuse de tout, j'ai eu envie de le visiter... on m'avait dit pays étrange, sauvage, dont on revient différent.... j'ai voulu savoir...

et voilà bagages bouclés et je pars à Noia...

C'est un endroit difficile à trouver... pas de frontières bien définies... pas de roi, ni de gouvernement, la seule loi est la loi de la terreur...

J'étais assez méfiante, car j'avais déjà rencontré des gens qui avaient émigrés de là-bas pour s'exiler dans un pays de confiance, où les risques étaient moins grands...

Et de fait, en arrivant là -bas...

L'HORREUR....

Une impression d'être nu... regardé.. épié....

Tous les habitants les yeux fixés sur moi, à se marrer de je ne sais quoi, à se murmurer à l'oreille en me dévisageant... impression étrange...

Tout à coup, j'oubliais que je venais du pays de confiance, je me posais des questions idiotes... aurais-je un bouton sur le nez?? un vêtement mal fermé? mis à l'envers?
Serais-je mal coiffée... les fesses trop grosses....

Je me dis, peut-être, est-ce parce que je viens d'un autre monde...Il faut que j'aille leur parler, essayer de m'intégrer... ça ira mieux...

Comme la chaleur était assez forte du fait de toutes ces ondes négatives, je me suis décidée à aller prendre un verre à une terrasse... et là.....

A peine assise..le serveur s'approche en me regardant bizarrement lui aussi... j'essaie de faire mine de rien malgré le coeur qui bat la chamade et je commande un verre d'eau...D'un coup 20 regards sur moi..ils devaient se dire sûrement que j'étais une ancienne alcoolique qui n'osait plus commander autre chose et, à me voir trembler, penser que j'étais en manque...

Je tente une approche en souriant à deux dames d'apparence assez sympathique...regard vide de leur part.... chuchotement... sourires.

Un jeune homme assez bien s'approche de ma table, me demande s'il peut... j'acquiesce...

Vous n'êtes pas d'ici... me dit-il..

Voila, j'étais repérée... qu'avais-je donc qui me différenciait d'Eux.. . Je commençais à me sentir "anormale"...

Je suis du pays de la Confiance... lui répondis-je...

Ah me dit-il... il y en avait de chez vous aussi ici, avant!!

Mais, renchérit-il, ils ont très vite oublié leurs racines.... ils ne sont plus des gens à part à Noia... Ils ont intégré la peur du "Qu'en dira -t-on"...Vous ne l'avez pas encore rencontré? C'est un membre important de notre communauté... Tout comme la famille des "jemesensvisé.... et celle des ''ondoitsemoquerdemoisurement" mais vous allez voir, vous les découvrirez petit à petit... Ce sont les familles qui régissent tout ici!!

Je me sentais mal à l'aise... je n'ai jamais beaucoup aimé qu'on me regarde, mais là... je me sentais jugée en plus....

Ce pays était vraiment trop dérangeant... je décidais de repartir avant d'oublier d'où je venais et qui j'étais et de ne plus exister que par le regard d'Eux.

Je remerciais l'homme qui crut un moment que je me moquais de lui, parce qu'on remercie peu dans ce monde-là..

Sans avoir défait ma valise "en estime de soie", je repris le chemin du pays de la Confiance... où la vie est beaucoup plus belle et sereine...

Je l'avais échappé belle!!! ma curiosité me perdra un de ces jours...


souvenir de voyage (mai 2004) / lacigaleext


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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Samedi 12/03/2005 • 5 commentaires  • Lu 3547 fois

Le vol du courrier - Pralinette

©SuzanneArtNum|BOITE_LET_FACT

Eugène est un homme de soixante dix ans, vivant seul et sans famille, depuis deux décennies que ses parents sont morts. Personne ne prête jamais attention à ce marginal qui semble passer des heures et des jours derrière les rideaux de sa cuisine donnant sur la Poste.
Eugène n'est pourtant pas seulement un homme à l'écart de toute relation humaine; c'est un être de chair et de sang, sensible, souvent gai lorsqu'il parle avec ses chats et imite le chant des oiseaux lors de ses longues balades en forêt. Parfois, il tente de se lancer dans des exhibitions sportives pour épater un public fantôme, et il rit tout seul de ses galipettes ratées. La population pense qu'il est "l'idiot du village"…
-----
Eugène profita de ce que les agents de la Poste chargeaient le courrier à distribuer et faisaient des allées et venues entre leurs camionnettes et l'intérieur du bâtiment, pour s'emparer du premier sac à portée de sa main. S'enfuyant aussi vite que ses jambes le lui permettaient, son long corps maigre disparut au coin de la rue; il s'engouffra dans sa vieille 4L, jeta le sac sur le siège passager et rejoignit la colline boisée et ventée.
Délicatement et presque peureusement, mais fébrilement, il ouvrit le gros sac de toile de jute gris et resta un instant interdit devant le monceau d'enveloppes de toutes formes, épaisseurs et couleurs. De l'écriture manuscrite, petite et serrée ou large et voyante aux adresses dactylographiées, Eugène écarquilla les yeux sur les jolis timbres de régions lointaines ou pays inconnus… du rêve et du bonheur pour cet homme qui n'eut jamais autre plaisir que celui bien minime de recevoir du courrier de son fournisseur d'eau et d'électricité. Il sentit monter en lui un goût amer de colère et de vengeance envers cette vie qui ne lui faisait jamais cadeau de la moindre fantaisie. Repérant immédiatement les documents maudits qui lui absorbent une bonne partie de sa misérable retraite, les factures d'électricité voltigèrent en direction des pylônes électriques, tandis que les factures d'eau rejoignirent les eaux tumultueuses et glacées du torrent. Comme si ces gestes rageurs avaient ramené en lui le calme, il vint s'asseoir tranquillement à l'abri du vent, dans l'entrée humide mais protectrice de la grotte d'où il put commencer la consultation de bien belles missives d'amour et de tendresse. Voici la lettre paisible et rassurante, d'une grand'maman à ses petits enfants, des pleins et des déliés tracés au porte-plume, comme du temps de sa jeunesse…
Eugène imagina cette dame, sereine et équilibrée, venant partager avec ses petits toute la douceur d'une veillée d'hiver au coin du feu.
Une enveloppe sembla vouloir se glisser entre les doigts d'Eugène, effrontément colorée et de cœurs parsemée; de longs paragraphes, des mots d'amour ponctués de points d'interrogation et de suspension, on dirait même qu'une larme fut venue s'égarer sur les "je t'aime". L'amour serait-il douloureux, se demanda pensivement Eugène?
Une carte postale de plage ensoleillée, de ciel bleu et de sable fin où se prélasse une nymphette alanguie, vint heurter les mains rugueuses et noueuses d'Eugène; frémissant presque de désir à ce contact virtuel, il jeta rageusement ce carton d'illusions, de rêves enfouis puis évanouis à tout jamais.
L'absurdité de la situation dans laquelle il s'était englué lui sauta brusquement au visage, se sentant tout à coup fautif et ridicule, il se redressa d'un bond, rassembla les enveloppes éparses et les remit dans le sac; cette nuit, quand les bruits de la ville ne seraient que rumeur sourde et aveugle, il déposerait le sac devant le rideau de fer du bureau de poste. Au matin, Eugène qui ne ferait pas de mal à une mouche, aurait repris son poste d'observation derrière les rideaux de sa cuisine.


Le vol du Courrier / Pralinetteext

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Par suzanne • ◎ JEUTIMAGINE ◎ • Vendredi 11/02/2005 • 0 commentaires  • Lu 4305 fois
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